Travail du bois à la main : Réalisation d’un établi.

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Utilité d’un établi :

 

L’établi est le premier outil indispensable au passionné du travail du bois.

Si au début nous passons tous par la planche posée sur des tréteaux, au fur et à mesure nos besoins dus à notre évolution et à nos progrès dans la maitrise des techniques nous amène à la nécessité de disposer d’un établi digne de ce nom.

 

La fabrication de son propre établi est, à mon sens, un passage obligé dans le travail du bois.

Le fait de le faire avec des outils manuels est une autre option qui m’est apparue évidente mais ceci plus dans une démarche personnel.

J’ai essayé de travailler avec des bons outils, bien affutés, et l’efficacité de ces techniques et le plaisir pris sont vite devenus addictifs !

 

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur les outils et les différents établis je ne peux que vous conseiller les livres de Christopher Schwarz aux Editions du vieux chêne qui sont une mine d’informations en plus d’être de beaux bouquins

 

etabli

 

Pour les passionnés du bois, rejoignez le génialissime site « l’air du bois » , lui aussi vite addictif.

 

Revenons en au sujet, l’établi, lequel est,  pour le travail à la main, d’autant plus important !

Les critères primordiaux sont :

  • une taille adaptée à votre espace de travail et à votre morphologie.
  • un poids relativement conséquent pour qu’il ne bouge pas au sol à chaque mouvement de rabot.
  • une stabilité à toute épreuve.
  • des accessoires utiles et non superflus
  • un coût adapté à votre budget.

Pour les accessoires on voit bon nombre de presse verticale ou de presse de bout, beaucoup de système vraiment très bien et au final on s’y perd et surtout ça coûte très cher.

Je ne saurais que vous conseiller de commencer avec le minimum et d’investir (et non pas d’acheter! nuance) que par utilité réelle après un besoin vraiment ressenti.

 

La donnée la plus importante à retenir sur la fonction d’un bon établi :

Il doit vous offrir la possibilité de travailler toutes les surfaces et les cotés des différentes pièces de bois, en sécurité et de façon confortable

 

 

L’établi présenté

 

Le modèle que je vous présente est un établi répondant à mes besoins propres du moment, à savoir :

  • Petites dimensions dus à mon espace : un garage de 15m² où je suis locataire.

La hauteur de 78 cm me convient très bien, je ne mesure que 1,65m. Ceci correspond à la hauteur de l’os de mon poignet, hauteur que je trouve adaptée pour le travail au rabot. Les autres dimensions de 138 cm pour la longueur et 50 cm pour la largeur m’ont été imposées par la disponibilité du bois à ma disposition.

 

  • Pliable et donc transportable.

Le poids de 48 kg permet de le transporter tout en lui donnant une masse suffisante pendant le travail.

 

  • Un faible coût !

En fait il ne m’a RIEN couté car je ne l’ai fait qu’avec ce que j’avais déjà en ma possession : des chutes de bois, de la récup d’un ancien lit d’enfant, de bois acheté à faible coût à un tourneur qui prenait sa retraite, des restes de ma vieille table de jardin (cassée mais pas jetée!), des madriers récupérés qui allait être jetés.

 

L’investissement : des outils de qualités et de quoi les entretenir.

 

La construction !

 

Tout en bois de récup donc multi-essence, on trouve du chêne, du châtaignier, du pitchpin (pin dur des Etats unis et Canada), du hêtre, du douglas, du platane et du teck.

Presque entièrement fait à la main (quelques écarts!) (utilisation de ma raboteuse pour plus de justesse sur les épaisseurs et sérieux gain de temps aussi).

 

Un travail aussi musculairement intéressant ! (j’ai retrouvé certains muscles oubliés).

En plus dans un atelier froid, ça permet de se chauffer à moindre coût.

 

Le plateau

Des planches en chêne et en châtaigner récupérées sur une cabane démontée serviront pour le plateau.

La première étapes étant de les corroyer.

Un premier dégauchissage au riflard d’abord en diagonale dans les deux sens puis dans le sens du fil, puis à la varlope n°7.  Équerrage à la varlope avec le guide véritas.

 

Le travail de dégauchissage à la main est un super exercice, long voire très long. le rabotage se fera à la raboteuse.

Le délignage des madriers à été fait à la scie sous table et ce sera la seule opération faite avec.

ensuite re passage à la raboteuse et essai de collage à blanc.

ATTENTION : quand le bois est vieux et qu’on vient de le déligner il se peut qu’on libère les contraintes des fibres et que celle ci « bouge », j’ai donc préféré le laisser 2 jours sans y toucher. Le danger de coller ou d’assembler trop tôt est que l’ouvrage entier travaille et que le bois éclate, se fende, gondole… donc un peu de patience!

Le bois à donc effectivement travaillé et il a fallu revenir dessus aux rabots puis à la raboteuse pour enfin faire le collage final.

Le rabotage final s’est ensuite fait à la varlope puis au rabot à recaler puis au rabot de paume.

Très bon travail pour tester ses rabots mais pas forcément évident.

 

La ceinture du plateau

 

Pour la ceinture, je prend une planche de pitchpin que j’avais acheté à un menuisier qui prenait sa retraite.
L’occasion de me servir de ce bois que je ne connaissais pas.

Je décide de faire un assemblage en queue d’aronde d’un coté.

Fixation de la ceinture au plateau : collée vissée.

Je rajoute des morceaux en pitchpin pour réserver un rangement d’outils sur le plateau.

Les trous de vis seront bouchés avec des bouchons de platane fait à la mèche à bouchonner

Pour la partie « range outil », j’ai longtemps hésité sur le fond de l’espace.
Ça m’intéressait de garder la possibilité d’avoir un espace ouvert.

Je suis tombé sur des barreaux de lit d’enfant en hêtre que j’avais récupéré il y a un moment.

Les barreaux me laisse un espace pour mettre un serre joint si besoin, je peux poser les outils dessus, et s’il le faut je peux toujours poser dessus une chute de contreplaqué pour les petits objets.

Problème : les barreaux font 16mm de diamètre et ma mèche de 16 est trop courte pour aller au fond.

Je décide de me servir d’une mèche à bouchonner de 12 pour faire un des bouts (j’ai une longue mèche de 12!)

Pour l’autre extrémité de la ceinture, je décide de faire une queue d’aronde sur toute la largeur.
traçage au trusquin et travail au ciseau à bois.

Pour la contre queue, traçage et creusage à la bédane et à la guimbarde.

Une pointe de colle, finition au rabot de paume pour les retouches et pour casser les angles et fin du plateau.

Le piétement

 

Pour le piétement, il faut retourner voir les chutes disponibles.
Cool il me reste des morceaux de chêne!

Débit à la main cette fois, puis dégauchissage aux rabots et rabotage à la machine.

C’est sportif mais agréable et c’est comme ça que ça viendra!

Coupe des pieds: les planches viendront se fixer (collées vissée) dans les découpes et un renfort en tenons mortaises viendra garder l’écartement en bas.

Attention aux gestes que l’on fait : une des mortaises m’aura valu 2 points de suture au doigt pour une mauvaise utilisation de mon bédane!!!! 😢

Point positif : il est très bien affuté!!!! 😂

pour le perçage des chevilles, petite technique qui marche bien pour percer droit le CD laser!

On retourne dans les chutes de bois, et re-travail de corroyage.
Mise en place des pieds avec les paumelles.

Un des pieds est plus court de 6cm car cela compense une pièce de bois de 6cm (justement) qui vient assurer le bon repli des pieds l’un sur l’autre (c’est plus simple en image! 😒 )

Les contreventements

Le problème de l’établi pliable et encore plus pour le travail à la main, c’est qu’il ne doit pas bouger !

J’en ai vu l’importance en le construisant sur un établi pas adapté du tout qu’il a fallu repositionner toutes les 5mn 😖 😫 😢

Donc premier élément à double fonction : un guide pour la servante mobile qui maintien l’écartement des pieds.
Une planche de douglas de 20cm de large (meilleur maintien) de 3cm d’épaisseur (même épaisseur que la ceinture).
Pour la fixation, ce sera boulons de 8mm avec écrous papillon dans les pieds et des petites lattes (en platane) enserrant les pieds pour un meilleur positionnement.

Le dessus sera délardé au rabot à 45° pour le coulissement de la servante.

Ensuite pour contreventer tout ça, 2 pièces de chêne qui viennent se positionner en appui dans une cale sous le plateau et sur la barre transversale du pied dans une encoche à 90°

Pour l’instant cela tient juste en appui, je verrai plus tard pour un système qui les maintienne plus en place si besoin.

Le crochet d’établi

Je ne connaissais pas ce système et je n’arrivais pas à en imaginer l’utilité.

En lisant en parallèle le bouquin de Schwarz sur les établis, cela a vraiment éveillé ma curiosité en plus de l’envie dans faire une pièce un peu déco!

Du coup, j’ai récupérer dans les morceaux de bois achetés chez le menuisier retraité (aussi tourneur), un petit morceau d’if, et c’est parti pour lui donner une forme de crochet (encore à la main).

après lui avoir donné une forme plus ou moins cubique, la forme de crochet est un peu plus complexe, l’occasion d’essayer plusieurs techniques

Les trous et les accessoires

Pour le rendre utilisable il faut passer par cette étapes hyper stressante qui est de faire des trous dans le plateau !!!!!! 😱 😱 😱

Beaucoup d’hésitations, de recul, de calcul et puis allez c’est un établi, allons y !!!!

Toujours le vilebrequin et le cd et c’est parti : une ligne tous les 9 cm. Deux trous perpendiculaires à la ligne de trous au départ pour y loger la butée calibre

et un trou à 45°pour cette même butée.

Des trous aussi dans la ceinture.

 

Pour les accessoires, quelques cales en teck (ancienne table de jardin) de plusieurs longueurs et plusieurs formes.

Notez le trou dans la largeur qui permet de maintenir une pièce de bois faisant office de « griffe »

en guise de presse de bout : le « bench dog » de véritas

La servante coulissante

cette option n’en était pas une pour moi et le parait essentielle pour un établi de ce type.

Pour le rail du haut, j’ai failli sortir la défonceuse et le faire dans l’épaisseur de la ceinture mais je raccourcissais celle ci du coup et dans l’idée de ne pas (ou le moins possible!) sortir mes machines ça ne le faisait pas.

Idée récup : des lattes de teck de mon ancienne table de jardin! (je déteste jeter du bois!!!!)

du coup on ressort les rabots! …

C’est l’occasion en même temps de commencer à travailler sur l’établi ! 😁

Mise aux dimensions de l’établi.

Occasion de me servir de l’option griffe!!!

Pour la servante, j’ai utilisé le morceaux de platane qui me fait de l’oeil depuis un moment!

Un bois très agréable à travailler et beau en plus!

Pour le sciage à la main, je vais peut être investir dans une scie plus longue!!!

Le morceau étant déjà dégauchi cela à simplifié le travail.

L’utilisation du crochet se trouve d’une efficacité redoutable.

Pour l’encoche du bas j’avoue que j’étais à deux doigts de sortir la défonceuse,mais en s’appliquant/acharnant ça l’a fait.

Maintenant la languette, plus facile, la mise en forme et le perçage des trous.

Voila, l’établi est fini !!!!

Comme on dit en permaculture : « Célébration!!!! »

 

 

Utilisation :

 

Démonstration des différents systèmes de serrage :

Je répète : avec un bon établi, il doit être possible de travailler tous les côtés des pièces de bois!

 

 

Verdict !

Après les essais, ce que je peux dire c’est qu’il est d’une redoutable efficacité!

Pour le prochain, dans un atelier plus grand, je pense pouvoir partir sur ce type de fabrication, en plus grand et stationnaire.

Pour le type de presse que je prendrais, la décision se fera à partir du travail réalisé sur celui-ci et des besoins qui se feront sentir.

 

Pour rendre à César … l’inspiration de cet établi mais venu par le site anglais « closegrain » qui m’a donné envie de le réaliser à la main.

 

Et maintenant comme on dit en Bretagne :

Yec’hed Mat*

etabli

*prononcé « yermat », signifie » bonne santé » ou « à la votre »